Un juge lance « n'y allez pas » — et des milliers de chrétiens se demandent s'il n'a pas raison

Un juge lance « n'y allez pas » — et des milliers de chrétiens se demandent s'il n'a pas raison · Avonetics
Il aura suffi de trois mots pour rallumer une querelle vieille comme la République. Un juge fédéral du Texas vient d'annuler à nouveau la loi de l'État restreignant les spectacles de travestis. Le texte, juge-t-il, est bien trop large et heurte les protections du Premier amendement. Et à ceux que ces spectacles offensent, il adresse une phrase d'une simplicité désarmante: n'y allez pas. Le magistrat va plus loin. La loi est si vaste, note-t-il, qu'elle pourrait transformer en infraction civile ou pénale des activités aussi banales que les pom-pom girls, la danse ou le théâtre vivant. Et elle est vague au point de ne pas indiquer à une personne raisonnable ce qui est interdit. C'est là qu'un croyant s'est emparé de la décision — et que l'histoire a changé de nature. Son raisonnement tient en une escalade tranquille. Si tu n'aimes pas ces spectacles, n'y va pas. Si tu crois que l'avortement est un mal, n'en fais pas. Si tu n'approuves pas le mariage entre personnes de même sexe, ne va pas à la noce. « Vous n'avez pas à célébrer ce que vous ne croyez pas », écrit-il en substance. Mais être en désaccord donne-t-il automatiquement le droit d'obliger tout le monde à vivre selon ses convictions? Sa conclusion est frontale: le Christ n'a jamais commandé d'imposer le christianisme par la loi et par l'État. On peut prêcher. On peut enseigner. On peut dire ce qu'on croit juste. Mais il y a un gouffre entre vivre selon sa foi et forcer les autres à y vivre. Parfois, ajoute-t-il, la réponse la plus chrétienne n'est pas « comment les arrêter? », mais « ce n'est pas pour moi, je ne participerai pas ». Et puis on continue sa vie. Lui-même ne boit pas d'alcool, précise-t-il — et ne voudrait pour rien au monde d'une loi de prohibition. Les réactions ont afflué, et elles se sont vite rangées en deux camps très nets. Le premier, largement majoritaire, l'a suivi. « Si votre religion vous interdit quelque chose, très bien, abstenez-vous », résume un commentateur. « Mais vous ne pouvez pas décider qu'elle l'interdit à quelqu'un qui n'en fait même pas partie. » Il ajoute que fabriquer des règles « chrétiennes » pour tout le monde éloigne surtout les gens du christianisme — un désastre pour qui prétend annoncer un message d'amour. Un autre s'énerve carrément: Shakespeare écrivait déjà des rôles d'hommes en femmes et de femmes en hommes, et il dit perdre tout respect pour quiconque veut interdire cela. Un troisième s'amuse de l'absurdité du texte tel que le juge le décrit: il viserait aussi bien une chanteuse country à la silhouette généreuse que les artistes qui l'imitent sur scène. Le plus élégant vient d'un catholique pratiquant. Il jeûne le mercredi des Cendres et le Vendredi saint, s'abstient de viande tous les vendredis de Carême — et n'aurait jamais l'idée d'en faire une loi. « Ça ne vous plaît pas, n'y allez pas. Vous n'êtes pas d'accord, ne le faites pas. » Un autre résume tout par une phrase de Ken Kesey: reste toujours dans ton propre film. Mais le second camp a frappé fort, et ses arguments ne sont pas faciles à balayer. « Je suis d'accord qu'il faut distinguer la morale et la loi », concède un commentateur. « Mais sur l'avortement, si l'on croit sincèrement qu'il s'agit d'un meurtre, alors vouloir que l'État s'y oppose est absolument raisonnable. » Un autre pousse la logique jusqu'au bout: un chrétien peut parfaitement « ne pas aller » à un mariage, mais il n'existe aucun « ne pas en avoir » quand c'est la vie d'un tiers qui est en cause. Une voix plus nuancée tente d'expliquer, sans approuver, pourquoi tant de croyants refusent la formule du juge. Beaucoup voient dans ces spectacles une entreprise d'influence sur les enfants. Beaucoup voient dans l'embryon un être humain entier. Pour eux, il ne s'agit pas d'imposer une religion, mais de protéger des innocents. Et puis il y a cette remarque, presque murmurée, qui a désarmé les deux camps: un commentateur espère que la plupart des parents en désaccord iront quand même au mariage de leur enfant. Car ne pas venir, parfois, ce n'est pas de la neutralité. C'est une porte qu'on ferme sur quelqu'un qu'on aime. La journée s'est achevée sur une nouvelle d'un tout autre ordre, et sur une demande étrangement raccord. Tim Curry est mort. L'acteur de The Rocky Horror Picture Show, le clown terrifiant de Ça, de Stephen King. Ce qu'on rappelle moins: il a grandi dans un foyer chrétien, fils d'un aumônier méthodiste. Et la réaction la plus partagée n'a pas été un verdict sur sa vie. C'était trois mots: priez pour son âme. Deux histoires, une même question. Qui détient les clés — et à quoi servent-elles vraiment? Les deux voix de l'émission En Souvenir de Benjamin reprennent cette histoire, tout doucement, dans l'épisode du jour.